Une photo de sport n’a pas besoin d’être parfaite pour être forte
Quand on commence la photographie de sport, on cherche souvent la même chose : la photo parfaite.
Le sujet parfaitement net.
Le geste spectaculaire.
L’arrière-plan bien flou.
Le bon moment, capturé à la fraction de seconde près.
Et bien sûr, tout cela compte.
Mais avec le temps, ma manière de photographier le sport évolue.
Aujourd’hui, je me pose de moins en moins la question : « Est-ce que cette photo est techniquement parfaite ? »
Et de plus en plus celle-ci :
« Qu’est-ce qu’elle raconte ? »
Photographier le sport au-delà de l’action
Lors d’un match, d’un entraînement ou d’une compétition, l’action attire naturellement le regard.
Un smash au tennis.
Un coup porté sur un ring.
Un saut.
Un sprint.
Un geste technique.
Ce sont des images importantes.
Mais elles ne racontent qu’une partie de l’histoire.
Autour de cette action, il y a tout le reste.
Un joueur seul au fond du court entre deux points.
Un entraîneur qui observe.
Des chaussures couvertes de terre.
Un vestiaire après une rencontre.
Des spectateurs derrière une main courante.
Un bénévole qui prépare le terrain tôt le matin.
Un regard juste avant d'entrer en compétition.
Pris séparément, ces moments peuvent sembler ordinaires.
Ensemble, ils racontent le sport.
Montrer où le sport se déroule
Pendant longtemps, la photographie sportive m’a poussé à isoler les sportifs.
Un téléobjectif, une grande ouverture et le décor disparaît.
Le regard se concentre entièrement sur l’athlète.
C’est efficace. Et j’aime toujours réaliser ce type d’image.
Mais isoler systématiquement le sportif peut aussi faire disparaître quelque chose d'essentiel : son environnement.
Or un terrain raconte une histoire.
Une salle de boxe vieillissante ne raconte pas la même chose qu’une grande enceinte moderne.
Un court en terre battue perdu au milieu des arbres ne raconte pas la même chose qu’un court couvert.
Une petite tribune, un panneau d’affichage, un sac posé contre un grillage ou les lignes d’un terrain font partie de l’expérience sportive.
Alors parfois, plutôt que de me rapprocher, je préfère reculer.
Laisser de l’espace.
Composer avec ce qui entoure le sportif.
Parce que le lieu fait lui aussi partie de l’histoire.
Une image légèrement imparfaite peut être juste
Le sport va vite.
Tout n’est pas contrôlable.
Une personne peut traverser le cadre.
Un visage peut être partiellement caché.
Il peut y avoir du mouvement.
Du grain.
Une lumière difficile.
Techniquement, une autre photographie sera peut-être meilleure.
Mais la première pourra parfois transmettre davantage.
C’est une distinction qui m’intéresse de plus en plus en photographie :
une image parfaite n’est pas nécessairement une image forte.
La technique reste évidemment essentielle. Elle permet d’anticiper, de composer et d’être prêt lorsque quelque chose se produit.
Mais elle reste un moyen.
Pas une finalité.
Photographier aussi ce qui ne se passe pas
Il y a également tous ces moments où, en apparence, il ne se passe rien.
Et ce sont souvent ceux que j’aime chercher.
Quelques secondes avant le début d’un match.
Un sportif qui attend.
Un entraîneur qui ramasse des balles.
Une salle encore vide.
Les traces laissées sur un terrain après une compétition.
Ces images n’ont peut-être rien de spectaculaire.
Pourtant, placées au milieu d’un reportage, elles donnent du rythme et du sens aux photographies d’action.
Elles permettent de comprendre un lieu, une personne, une ambiance.
Elles créent une histoire plutôt qu’une succession de belles images.
Des traces plutôt que seulement des performances
C’est progressivement devenu le fil conducteur de mon travail de photographe sportif à Rennes et en Bretagne.
Je photographie évidemment les gestes et les performances.
Mais je cherche également ce qu’il y a autour.
Les personnes.
Les lieux.
Les détails.
Les attentes.
Les regards.
Les moments ordinaires.
Toutes ces petites choses qui constituent la pratique d’un sport et que l’on finit parfois par ne plus remarquer lorsqu’on les côtoie chaque semaine.
Ce sont les traces du jeu.
Et peut-être qu’un jour, lorsque la victoire, la défaite ou le classement auront été oubliés, ce seront justement ces images-là qui auront le plus de valeur.
Parce qu’elles ne montreront pas seulement comment vous jouiez.
Elles raconteront comment vous viviez votre sport.